Brigitte Grouwels: Interview

La Commission communautaire commune (COCOM) voit le jour en 1989, à l’instar des Commissions communautaires françaises et flamandes. Contrairement aux commissions unilingues, la COCOM ne relève d’aucun autre pouvoir.
Elle exerce un pouvoir législatif tant à l’égard des institutions bicommunautaires que des Bruxellois, et ce en matière de politique de santé (politique des soins dans et hors des établissements de soins, éducation en matière d’hygiène, médecine préventive) et d’aide aux personnes (politique familiale, politique sociale, personnes atteintes d’un handicap, séniors, jeunes, immigrés, aide sociale aux prisonniers, etc.).
La COCOM dispose d’un parlement, l’Assemblée réunie, et d’un organe exécutif, le Collège réuni, tous deux composés des mêmes personnes qui siègent au Conseil de la Région de Bruxelles-Capitale et dans le Gouvernement bruxellois.
La ministre Brigitte Grouwels est chargée, au sein du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, des Travaux publics, des Transports, de l’Informatique régionale et communale et du Port de Bruxelles. En tant que membre du Collège de la Commission communautaire flamande (VGC), elle est chargée du Bien-Être, de la Santé, de la Famille, des Médias et du Patrimoine. Pour la première fois dans la COCOM, Madame Grouwels endosse la responsabilité de l’Aide aux personnes et de la Fonction publique.
Nous l’avons rencontrée. Ensemble, nous avons jeté un regard neuf sur sa politique.
Pour la première fois, vous êtes chargée de compétences bicommunautaires, quelle est votre impression sur la COCOM ? Existe-t-il des différences flagrantes avec votre expérience à d’autres niveaux politiques ?
Ce secteur dispose de très peu de moyens. C’est pourquoi je pense que la COCOM peut jouer un rôle positif ici à Bruxelles, où beaucoup d’instances sont chargées de la politique du bien-être et de la santé ; elle peut rassembler tout le monde et faciliter le dialogue entre la VGC, la COCOF et bien sûr également les CPAS. Je suis convaincue qu’il y a là un vaste terrain en friche propice à la coordination.
D’autre part, le mode de fonctionnement de la COCOM est très particulier, chacune de nos décisions doit être validée par l’accord de deux ministres (Evelyne Huytebroeck, Ministre de l’aide aux personnes et Benoît Cerexhe, Ministre de la Fonction publique). De même, chaque lettre envoyée doit porter les deux signatures, pour cela un service de coursier fait la navette entre les deux cabinets. Mais tout, même les réponses adressées à des parlementaires suite à des questions d’ordre bicommunautaire, doit recevoir l’aval de deux ministres. C’est donc un mode de fonctionnement très différent.
Sinon, je connaissais bien le thème, la politique du bien-être, l’aide aux personnes, parce que j’étais déjà chargée de cette compétence à la VGC. Mais la VGC fonctionne différemment : chaque membre du collège a son domaine de compétences qui lui tient à cœur. Nos décisions sont prises collégialement, mais chacun représente son propre domaine de compétences. Donc, oui, il va falloir que je m’habitue, c’est sûr.
Pourriez-vous faire un bilan des réalisations bicommunautaires ces dix derniers mois ?
Il est beaucoup trop tôt, évidemment, pour dire que nous avons enclenché beaucoup d’initiatives nouvelles. La première année d’une législature est généralement consacrée à la finalisation des décisions prises au cours de la législature précédente. C’est en fait ce que nous avons fait jusqu’à aujourd’hui. Prenons par exemple le nouvel arrêté concernant les maisons de repos, les normes de reconnaissances pour les dispositifs d’hébergement destinés aux personnes âgées, nous l’avons finalisé et proposé au collège.
Ce qui ne signifie nullement que je n’ai pas déjà certaines notions quant à la direction que nous devons certainement suivre. Le rapport sur la pauvreté est en chantier, mais cet hiver, j’ai pu prendre la pleine mesure de l’organisation de l’accueil hivernal des sans-abri dans la Région de Bruxelles-Capitale.
J’ai beaucoup appris le soir où j’ai accompagné le Samu Social. Je pourrais presque écrire un livre sur cette soirée-là, même si je sais qu’il faut rester vigilant quant aux premières impressions. J’ai vu des gens qui venaient chercher aussi de la chaleur humaine dans un tel centre de nuit, qui n’est d’ailleurs pas l’endroit le plus chouette du monde. Je ne souhaite cela à personne, mais à choisir entre cela ou rester dans le froid glacial… Que pouvons-nous faire de plus pour donner un certain confort aux gens et les aider à surmonter leur solitude ? Je pense que cet aspect-là est essentiel, lui aussi.
Sur votre site, vous mettez surtout l’accent sur l’accueil hivernal et son suivi. Quelles leçons tirez-vous des actions de l’hiver passé ?
Personnellement, c’est la première fois que j’y étais confrontée, en tant que politique et je suis d’avis que l’accueil hivernal peut être amélioré. On peut s’étonner que tant de personnes se tournent soudain vers le centre d’accueil de nuit quand il gèle. Comment se fait-il que ces personnes ne soient pas prises en charge ailleurs ? C’est une question que je me suis posée.
A mon sens, il faut aborder la problématique des sans-abri en insistant davantage sur le structurel. L’accueil de nuit, en hiver, sera toujours nécessaire, mais je veux l’organiser à bon escient pour l’année prochaine. C’est pour cette raison que nous avons prévu une réunion le 11 mai, pour évaluer l’accueil hivernal précédent avec toutes les parties concernées. Je pense en outre qu’il faudrait impliquer beaucoup plus de monde dans cet accueil hivernal. Le CPAS de Bruxelles Ville joue un rôle crucial, heureusement qu’il existe. Mais je suis d’avis qu’il faut inviter les CPAS des 19 communes bruxelloises à apporter leur contribution. Que les sans-abri se cantonnent dans le centre de Bruxelles n’exclut pas de les accueillir ailleurs aussi.
J’aimerais en discuter avec toutes les parties. Les CPAS sont invités à se joindre à cette concertation, mais il faut aussi la présence du secteur des sans-abri pour voir comment nous pouvons aborder le problème de façon plus efficace, plus structurelle. De plus, ce qui m’a également surprise, c’est que les organisations de la société civile font peu ou pas appel à des bénévoles. Au cabinet, nous avons fait appel à la Croix Rouge lorsqu’il y a eu la soudaine vague de grand froid et que l’hiver ne cessait pas. Cette organisation s’est avérée très serviable et a soulagé bien des maux tant avec du matériel qu’avec les personnes qui venaient livrer et installer ce matériel. Il faut que nous comptions avec de telles ressources et j’ai bien l’intention de poser la question à plusieurs organisations de bénévoles qui ont une certaine expertise dans ce cadre. Car ce n’est pas toujours évident. J’ai déjà bien compris que beaucoup de ceux qui atterrissent dans la rue ne devraient pas s’y trouver. J’ai vu des personnes atteintes d’un handicap, dans un fauteuil roulant donc, venir au centre nocturne. Tout comme des personnes atteintes d’un autre type de handicap, peut-être un handicap mental léger, qui se retrouvaient dans la rue. Avec la VGC, nous avons en outre mis sur un pied un projet pour diriger les gens avec un handicap qui vivent dans la rue, pour les aider à chercher l’accueil adéquat. Et souvent, il s’agit du secteur des handicapés. Je pense donc que nous devons chercher une approche plus structurelle de ce problème, outre l’aide d’urgence. Plus nous mettrons l’accent sur la prévention, plus nous serons efficaces.
2010 est l’année européenne de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Qu’en pensez-vous ?
Raison de plus pour consacrer plus d’attention encore à cette problématique, mais à Bruxelles, nous étions déjà très centrés dessus, car les chiffres ne mentent pas. Quand on dit que 30% de la population vit sur ou sous le seuil de pauvreté, c’est un chiffre terrible. Et nous voulons déjà y réagir en partie dans notre plan de gestion, mais la pauvreté reste une donnée très très vaste. Il y a la problématique des parents isolés, surtout des femmes. Une grande proportion d’entre elles risque de tomber dans la pauvreté. Ce sont là de nouvelles expressions de la pauvreté. Nous voulons explorer les solutions que nous pouvons y apporter. Nous pouvons accorder à ces thèmes une attention plus grande au cours de cette année. Cette année de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale peut nous aider à considérer la pauvreté d’un regard plus pointu pour déterminer quels sont les groupes à risque.
Je pense que les clés pour éviter de basculer dans la pauvreté sont l’enseignement, l’emploi et le logement. Ce sont trois facteurs majeurs que nous devons surveiller. Les parents isolés doivent travailler pour garder la tête hors de l’eau mais nous devons nous aussi veiller à assurer un très bon accueil des enfants pour éviter que les parents ne perdent leur emploi. Ils sont très vulnérables, car quand un des enfants, voire même deux ou trois ou quatre enfants tombent malades l’un après l’autre, et ces situations se produisent, le risque existe bel et bien que l’employeur licencie le parent. Comment pouvons-nous les aider ? Nous devons nous efforcer de réfléchir en termes concrets. Une solution possible serait l’accueil flexible des enfants, l’accueil des enfants malades. Nous devons être très créatifs, cette année contre la pauvreté peut nous aider à unir toutes ces actions ciblées.
Existe-t-il des projets pour se réunir au niveau européen ?
Des réunions sont prévues au niveau belge, elles sont organisées par le Secrétaire d’Etat à la Lutte contre la pauvreté, Monsieur Courard. Pour l’heure, je ne suis pas au courant d’un projet de meeting au niveau européen.
A Bruxelles, la pauvreté est caractérisée par une problématique métropolitaine stratifiée, dans quelle mesure la situation d’ici est-elle comparable à la pauvreté dans d’autres villes belges ?
Sincèrement, année contre la pauvreté ou pas, nous nous concentrons sur notre propre projet. Notre premier objectif est d’aborder ici et maintenant à Bruxelles cette problématique de façon plus structurelle et de voir qui peut faire quoi. Nous n’avons donc pas pris d’initiative européenne pour réunir tout le monde.
Il est essentiel que chaque niveau politique assume ses responsabilités. Pour en revenir un instant à l’accueil hivernal : nous avons presque cédé à la panique à un moment donné parce que nous n’avions pas assez de places d’accueil pour faire face au grand nombre de demandeurs d’asile arrivés à Bruxelles. Donc, j’ai déjà dit à des collègues au niveau fédéral de mieux organiser le timing des régularisations à l’avenir et de les prévoir au printemps. Si des gens arrivent alors à Bruxelles, ils ne sont pas obligés de rester dans la rue, dans le froid de l’hiver. Mais cette procédure a été entamée à la fin de l’automne et beaucoup de personnes sont venues à Bruxelles parce qu’elles y trouvaient les services nécessaires, et elles sont restées ici. Elles ne savaient pas que faire pour mettre leurs papiers en ordre et nous les avons croisées dans la rue, dans le froid glacial. Et là, à mon sens, les autorités fédérales n’ont pas assumé leurs responsabilités. On aurait dû prévoir suffisamment de places d’accueil pour ces demandeurs d’asile.
Ici, à Bruxelles, nous sommes confrontés aux sans-papiers qui vivent ici depuis un certain temps sans avoir jamais entrepris de démarche officielle. C’est une réalité, et comment y réagit-on ? Elle est aussi une compétence fédérale. Parfois les CPAS de Bruxelles y sont confrontés, même si bon nombre de ces personnes n’osent pas pousser la porte des CPAS. Mais elles se retrouvent dans la rue, nous les croisons dans la rue, et à coup sûr dans l’accueil hivernal.
Quels sont vos objectifs pour mettre en place une approche préventive de la problématique des sans-abri ? Des démarches concrètes sont-elles entreprises pour renforcer la prévention ?
La prévention, c’est ce que le Premier Ministre Leterme a fait en se rendant au Kosovo et en Macédoine pour convaincre les gens de ne pas venir en Belgique. En leur faisant clairement comprendre que nous n’étions pas le Pays de Cocagne qu’on leur fait miroiter. Apparemment, partout dans le monde, la Belgique passe pour un Pays de Cocagne. Mais ce n’est évidemment pas le cas pour ceux qui arrivent ici. C’est au niveau national, fédéral et même européen qu’il faut réagir. Nous ne pouvons le faire au niveau de la Région de Bruxelles-Capitale.
De plus, en Belgique, toute la problématique de l’immigration n’a jamais été abordée de manière structurelle. Je pense que les gens à qui l’on a demandé de venir en Belgique il y a 30-40 ans n’ont jamais été bien accueillis. Ils ont dû se débrouiller, façon de parler. A mon avis, la Belgique peut encore accueillir des gens et doit encore certainement pouvoir accueillir de véritables demandeurs d’asile. Mais il faut le faire bien, il faut les encadrer, etc. Et il ne faut pas nous reprocher d’être humains, nous ne pouvons abandonner personne dans la rue, dans le froid de l’hiver.
C’est là que les conférences interministérielles entrent en jeu ; elles doivent indiquer aux autres niveaux politiques leurs responsabilités, Monsieur Courard, le Secrétaire d’Etat, doit pouvoir fournir suffisamment de places d’accueil pour les demandeurs d’asile.
Les personnes vivant dans la rue, quel que soit leur statut de séjour, sont considérées comme des sans-abri, or elles relèvent de votre compétence. En outre, tous les sans-abri ne sont pas des étrangers.
Oui, il faut tenter d’aider chaque sans-abri. De préférence, avec des moyens structurels. Pourquoi devient-on un sans-abri ? Dans la mesure du possible, nous devons axer nos efforts sur la prévention. Mais si ces gens sont sans-abri, nous devrions être en mesure de les accueillir. Nous avons ici tout un dispositif d’établissements d’accueil. Je suis d’avis de limiter le plus possible la durée de l’accueil d’urgence et de rediriger le plus rapidement possible ces personnes vers un établissement où l’on s’occupe d’elles. Où l’on leur permet de se retrouver et où l’on comment les remettre sur la bonne voie. Pour qu’elles puissent reprendre leur vie en main. Nous constatons qu’ici à Bruxelles, les gens restent plus longtemps dans ces structures d’accueil. Généralement, trois mois ne suffisent pas pour régler le problème. Mais je suis d’avis que nous devons agir là aussi et donc, nous verrons la réelle capacité ici à Bruxelles. En l’absence de demandeurs d’asile, je pense que la capacité est suffisante. Mais je veux d’abord examiner ce point avec le secteur. J’aimerais vraiment que l’aide hivernale ne soit plus nécessaire, mais je crains que nous ne puissions jamais tout à fait compter sans.
Pendant la ronde avec le Samu Social, je n’ai pas vu que des personnes atteintes d’un handicap, j’ai aussi rencontré des gens qui se retrouvent par hasard dans la rue, qui étaient dans la rue parce qu’il n’avait pas l’argent pour payer un hôtel et qui venaient en fait d’Europe.
Et puis, il y a aussi le sans-abri classique, celui dont on dit qu’il ne veut peut-être jamais recevoir d’aide structurelle. C’est difficile à croire, mais apparemment, de telles personnes existent. A mon avis, il faut aussi élaborer des facilités pour ce groupe. Cependant, je pense que nous devons tout mettre en œuvre pour convaincre ce groupe cible de se diriger vers un cadre d’accueil structurel. Et nous ne devons nous épargner aucun effort. En ce qui concerne les mendiants dans le métro par exemple, dans le cadre de certains projets, des travailleurs d’organisations sociales vont leur parler. Ils tentent de créer un lien de confiance et de les convaincre d’aller au moins dans un centre d’accueil de jour et non de mendier toute la journée dans les courants d’air. Si seulement ils pouvaient saisir leur chance et entrer dans des endroits plus agréables où d’autres travailleurs sociaux peuvent leur parler pour évaluer ce qu’ils peuvent faire pour eux. Ce sont là des actions auxquelles je tiens et que je veux continuer à soutenir à l’avenir.
Parmi les priorités de la COCOM, l’accent est mis sur une approche transversale de la lutte contre la pauvreté, e.a. au moyen de l’élaboration d’un ‘Plan intégré de lutte contre la pauvreté’.
Quel est le rôle de la COCOM et quel est l’état d’avancement de ce plan ?
Toutes les autorités de la Région de Bruxelles-Capitale sont prêtes à passer à une politique coordonnée de lutte contre la pauvreté, tout en respectant les possibilités des uns et des autres. Mais il vaut mieux coordonner le tout et nous déciderons ensemble des objectifs.
Sinon, à ce jour, beaucoup de réunions ont lieu entre les deux cabinets concernés, le mien et celui de madame Huytebroeck. C’est donc l’Aide aux personnes qui est chargée de ce dossier, avec l’Observatoire (Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale). Nous mettons la dernière main à la rédaction finale. Tous les cabinets des ministres de la COCOM sont impliqués, ainsi que d’autres autorités bruxelloises. C’est une sorte de grande réunion intercabinets où l’on veut avoir un plan stratégique fin prêt pour le 20 avril. Dans une phase ultérieure, en avril ou en mai, cette note devrait être approuvée par les quatre gouvernements. Ensuite, il reste la période de mai à septembre pour mettre en place un plan d’action. Nous n’avons en effet pas l’intention de rédiger un cinquième rapport sur l’état de la pauvreté. Ce document doit alors contenir l’exécution du rapport sur la pauvreté pour 2010. Il doit également contenir plusieurs propositions, que chacun élaborera en fonction de ses compétences. Les quatre gouvernements à Bruxelles s’engagent à s’y atteler.
Selon vous, quels points ne peut-on omettre ? Quelle est votre contribution spécifique à ce plan ?
C’est une matière très vaste, et à Bruxelles, il faut tenir compte d’une donnée importante; l’augmentation de la population, le grand nombre d’enfants. Nous devons donc veiller à ce que ces enfants puissent grandir dans des circonstances favorables. La meilleure stratégie est en effet une politique préventive. Nous devons nous assurer que les petits enfants soient convenablement pris en charge, qu’ils puissent aller à l’école, qu’ils soient bien encadrés. On évite ainsi qu’ils ne se retrouvent dans une situation de pauvreté plus tard. La scolarisation est un facteur important, de même que l’emploi par la suite, mais aussi le logement. En ce qui concerne les expulsions, une étude est en cours et nous comptons bien en tirer certaines conclusions. Comment empêcher que des personnes qui vivent dans des conditions socioéconomiques difficiles ne soient expulsées de leur logement ? Comment peut-on les aider à retrouver une habitation ? Une maison, un appartement que l’on loue donne une stabilité dans la vie, c’est très certainement un point capital.
Nous assurer que les gens ne perdent pas leur logement, je ne le répèterai jamais assez, c’est capital, mais je veux sonder tous les aspects du problème. Bien sûr, quand on fait du tapage dans un appartement loué, il faut intervenir. Dans ce cas, il faut peut-être mettre en place une sorte d’encadrement. Il faut accompagner ceux qui ne se comportent pas de façon respectueuse envers le logement qu’ils louent. Il s’agit souvent de logements de petits propriétaires qui louent un appartement pour avoir une rentrée supplémentaire pour pouvoir vivre correctement, eux aussi. Mais donner un toit aux gens, c’est tout de même important.
Mais malgré le rajeunissement de Bruxelles, il est clair que nous ne pouvons absolument pas négliger les séniors de la Région. Ces personnes vivent souvent dans des circonstances très pénibles, avec une maigre pension, et un logement précaire pour beaucoup d’entre eux. Soulignons au passage que la Région de Bruxelles-Capitale se caractérise par le fait que la grande majorité des habitants ne sont pas propriétaires de leur logement. Dans de telles circonstances, la moindre adversité – et encore plus sûrement quand on est âgé – peut avoir des conséquences catastrophiques. Ce groupe figurera aussi en bonne place dans notre plan contre la pauvreté. Nous devons examiner le dispositif d’accueil des séniors. Le but étant bien évidemment qu’ils puissent rester et habiter dans leur environnement familier. Mais avec un bon système de soins, des soins ambulatoires, dans leur quartier. C’est un des objectifs que je compte aussi intégrer à la politique des personnes âgées de la VGC. Mais il faudrait l’accorder à ce qui se fait au niveau bicommunautaire, au travail des CPAS. Nous attacherons donc une grande attention à ce point.
La déclaration de politique de la VGC stipule clairement la priorité d’un partenariat avec la COCOM, concrètement, comment cela se traduit-il ?
C’est vrai, il y a un exemple très concret où la VGC ne collabore pas seulement avec la COCOM mais aussi avec la COCOF. Il s’agit du Service d’Ecoute pour Personnes Âgées Maltraitées (SEPAM). Il existe depuis la dernière législature. J’ai personnellement travaillé à la réalisation de ce projet, en tant que membre du collège de la VGC à l’époque, mais la COCOF est aussi de la partie. Ce point de contact est un numéro que les séniors peuvent appeler pour dire s’ils ne se sentent pas bien traités, d’une façon ou d’une autre, dans une maison de repos ou même chez eux. C’est un premier relais, mais parfois il peut s’agir de problèmes graves. Il peut donc être question de maltraitance physique ou de personnes âgées qui ont l’impression – et parfois à juste titre – qu’on veut les dépouiller de leur argent. C’est pour cela que nous avons mis en place cette ligne téléphonique bilingue, une collaboration de la VGC, de la COCOF et de la COCOM. Ça fait un an que ce service d’écoute existe et il a déjà reçu pas mal d’appels. Maintenant que nous voyons que les gens l’utilisent, nous allons mieux le diffuser à l’avenir. Souvent les assistants sociaux ne sont pas conscients que leur manière de faire passe pour agressive, désagréable. Le but est avant tout d’améliorer le contact avec les personnes âgées. Et d’attirer l’attention des soignants sur certaines erreurs. Mais si c’est vraiment nécessaire, quand par exemple il est question de violence, nous pouvons aussi faire intervenir la justice. C’est certainement un exemple intéressant de coopération entre les différents niveaux politiques.
Où en sont les protocoles d’accord en vue de la conférence interministérielle ?
Nous sommes toujours dans la phase préliminaire. Mais en ce qui nous concerne, Mme Huytebroeck et moi-même, nous comptons bien avancer rapidement. Du point de vue de la VGC également, j’aimerais que nous puissions nous réunir avec toutes les instances et discuter de plusieurs choses à Bruxelles. Pas seulement de la pauvreté mais par exemple des soins de santé, des soins de santé primaires. Peu de gens à Bruxelles connaissent leur importance. On s’adresse trop rapidement au service d’urgence. Je pense que tous ensemble nous devrions pouvoir définir une politique en cette matière à Bruxelles. Cela a peu de sens de ne le faire que du côté flamand ou que du côté francophone. Nous devrions pouvoir élaborer ensemble une vision sur ce point, ensuite nous pourrions tous orienter notre politique dans une certaine direction. Sans compter que cela diminuerait probablement le coût des soins de santé à Bruxelles.
Il est tout aussi important que ces services de soins de santé primaires aient une meilleure vue d’ensemble de la situation sanitaire des habitants d’un quartier. Je suis bien consciente que quelqu’un qui vit en plein cœur de Molenbeek a peut-être une autre santé que quelqu’un qui vit à Watermael-Boitsfort qui est une commune verte. Et puis, peut-être bien qu’il y a plus de circulation automobile dans le centre de Bruxelles. Ce n’est qu’un exemple, mais nous pourrions nous en servir pour collaborer. Parallèlement aux soins de santé, il faudrait aussi coordonner notre politique sociale pour que nous sachions qui fait quoi. Ensuite, nous pourrons définir dans quelle mesure nous voulons nous orienter dans la même direction. Je suis complètement en faveur de ce procédé, mais je ne peux à ce jour définir de délai.
La déclaration de politique générale parle du développement d’une législation concernant la qualité des services dans le secteur de l’aide sociale. Qu’est-ce que cela implique au juste ?
Pour le moment, nous sommes monopolisés par la finalisation de certains dossiers de la législature précédente, nous n’avons pas encore de proposition concrète. Je crois que le décret de qualité de la communauté flamande est un décret très positif, qui peut être très instructif. Certes, il implique une certaine charge de travail pour les institutions. Cependant, je pense qu’il est nécessaire de dire quels sont les critères auxquels doivent répondre les services aux personnes. Lorsque nous entamerons la phase préparatoire, j’irai sans aucun doute faire un tour des bonnes pratiques, également en Flandre. J’entends déjà dire que le secteur de l’aide sociale ploie sous la paperasse. J’aspire à un secteur de l’aide sociale en mesure de travailler le plus possible pour les personnes et je veux limiter le volet administratif au minimum. Je crois que les communautés, en ce qui concerne l’infrastructure, ont déjà imposé plus qu’assez de critères. La participation des personnes qui reçoivent les soins est par exemple un élément de qualité pour lequel on peut fixer des normes.
Nous pourrons certainement nous atteler à cet aspect-là au cours des cinq prochaines années.
Quel est votre point de vue sur la proposition de transférer les compétences de la COCOM à la Région de Bruxelles-Capitale ?
On en entend parler de temps en temps, mais je pense qu’il est avant tout capital que nous ayons une bonne administration, solide, qui peut encore mieux soutenir les membres du collège. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas satisfaite de l’administration actuelle. Je crois qu’elle peut jouer un rôle encore plus grand dans la préparation de la politique et donc bien sûr dans son exécution. Un des aspects très positifs de l’administration actuelle est que presque tous les employés sont bilingues. C’était très agréable de le constater. Pendant les réunions, chacun parle sa langue. Et cela vaut aussi pour le service qui assure le suivi de la tutelle sur les CPAS. Ils ont l’esprit du secteur bicommunautaire.
Que peut signifier le transfert des compétences du secteur bicommunautaire à la région ? Ce ne sera possible que si l’on respecte le statut actuel du secteur bicommunautaire. Il faut que Néerlandophones et Francophones s’y reconnaissent. De plus, il faut maintenir en l’état certains aspects du processus de travail. Au parlement, les dossiers bicommunautaires sont votés sur le principe de la double majorité. Si un jour, on franchit ce pas, ce principe ne peut disparaître. Pour moi, et je parle maintenant en tant que chargée de politique, membre du CD&V, c’est le strict minimum si l’on veut pouvoir parler d’un tel transfert. Pourtant, je crois qu’avec la bonne volonté qui existe bel et bien chez toutes les parties impliquées, le bicommunautaire a sans aucun doute un avenir dans la coordination de la politique. Car quoi qu’il arrive, la VGC et la COCOF existeront toujours. Ce serait donc possible.
La Maison Bico qui doit abriter les asbl bicommunautaires devient lentement mais sûrement un fait établi. Quels sont vos plans pour ce projet ?
Je pense que la volonté ne manque pas de le faire avancer, mais nous devons maintenant trouver les moyens, car si l’achat d’une maison est une chose, les frais de rénovation en sont une autre. On ne connaît donc pas encore la facture. Et les moyens non plus. Mais si nous avions une chance d’acquérir un bâtiment, la volonté est bien présente pour faire progresser le projet. Ce serait parfait aussi pour améliorer la visibilité de la COCOM, encore peu suffisamment connue. La Maison Bico pourrait devenir la maison de la coordination et de la concertation, une maison-symbole dans Bruxelles.
A mon sens, c’est très important – et tout le monde le confirme – que nous voulions dialoguer ensemble pour faire de cette ville une ville où il fait bon vivre.
Najet Boulafdal


