Edito BICO-Info #4

Chères lectrices,
Chers lecteurs,

Il fait froid et il neige en ce début d’année 2010 sur toute l’Europe, un peu comme si la nature nous disait qu’il fallait redémarrer d’une page blanche. Les grands défis sont là monumentaux : le vivre ensemble, l’emploi, les pensions, l’environnement… Pourtant, l’histoire nous a appris à ne pas souhaiter de "grand soir" car cela va toujours de pair avec de grandes horreurs.

Heureusement, le grand soir n’est pas pour demain car la société est loin d’être sclérosée. Elle peut le paraître si on se cantonne à scruter jour après jour le flux médiatique, à ingurgiter l’avalanche d’informations sur les drames et les crises qui nous submergent. Pour reprendre la métaphore du froid et de la neige qui nous accompagnent en ce début d’année, le corps social est comme une main gelée qui se réveille. Elle fourmille et picote de partout. Prenons un seul exemple. Miné par les exclusions, le chômage et les précarités nouvelles, notre modèle se maintient comme il peut jusqu’ici grâce non seulement à la sécurité sociale mais aussi par l’action de milliers de travailleurs sociaux, animateurs de mouvements associatifs, volontaires et bénévoles, autant d’hommes et de femmes que l'on pourrait comparer à des vigies du désastre.

Cette vitalité silencieuse, hors du champ médiatique, est présente entre autres dans le secteur de l’aide aux justiciables, thématique de ce BICO-Info n°4. L’actualité dans ce secteur est sous tension. Fin janvier, plusieurs centaines de gardiens de prison manifestaient en front commun dans les rues de Bruxelles. Les agents pénitentiaires se plaignaient du manque de sécurité et de salubrité dans les prisons. Si les syndicats reconnaissaient les efforts du gouvernement pour apporter des solutions, ils réclamaient des mesures urgentes pour faire face notamment au problème de surpopulation carcérale auquel le personnel est confronté.

Le mot justiciable recouvre un large éventail de personnes en souffrance des deux côtés de l’acte : les victimes, les détenus, les ex-détenus, mais aussi les inculpés ou risquant d’être inculpés, les condamnés non détenus ainsi que les proches de toutes ces personnes. Huit services d’aide sociale aux justiciables sont actifs à Bruxelles dont cinq dépendent de la Commission communautaire commune. Loin de l’orgie médiatique, ces acteurs de l’ombre sont bien vivants, inventifs, têtus et mobilisés. Ils ne sont ni télégéniques, ni people ni pittoresques mais chaque jour ils tentent de donner du sens à leur vie et à celle de ceux qu’ils accompagnent, en refondant l’action politique au sens le plus noble du terme. Ils n’agissent pas sur la grande scène mais sur une série de petites scènes, tout en proximité et quotidienneté.

Bonne lecture et bonne route au quotidien,

Solveig Pahud
Directrice CDCS-CMDC

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