Fédération Bico, un acteur clé du secteur bruxellois de l’aide aux personnes sans-abri

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Le secteur bruxellois de l’aide aux personnes sans-abri rassemble une multiplicité d’acteurs qui eux-mêmes proposent des services très diversifiés. A cela s’ajoute quatre pouvoirs de tutelle (la Commission communautaire commune, la Commission communautaire française, la Commission communautaire flamande et la Communauté flamande) et trois législations distinctes. Une telle configuration entraîne la coexistence de plusieurs fédérations. L’Association des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri (AMA) regroupe des institutions bruxelloises (bilingues ou francophones) et wallonnes. Les services néerlandophones n’ont pas de fédération propre mais se réunissent, avec les acteurs bicommunautaires, tous les trois mois au sein du Regio-overleg thuislozenzorg Brussel (ROTB), lui-même coordonné par le Brusselse Welzijns- en gezondheidsRaad (BWR). Enfin, les structures bicommunautaires se retrouvent au sein de la Fédération Bico.

Née en 2002 de la rencontre de huit institutions autour de dossiers communs, la Fédération Bico s’est élargie et compte aujourd’hui quinze membres :

  • un centre d’accueil et d’aide sociale urgente fonctionnant 24 heures sur 24 : Ariane ;
  • un centre d’hébergement de nuit inconditionnel : Pierre d’angle ;
  • quatre maisons d’accueil prodiguant accueil, hébergement et accompagnement psychosocial pour tous (Le relais et Les foyers d’accueil) et pour femmes avec ou sans enfants (Porte ouverte, Talita) ;
  • six services offrant un accompagnement psychosocial, budgétaire ou administratif à domicile (habitat accompagné) : l’Armée du Salut, Fami-home, Le nouveau 150, Lhiving, Un toit à soi, Huis van vrede ;
  • un centre pour victimes de la traite des êtres humains qui propose à la fois maison d’accueil et habitat accompagné : Pag-Asa ;
  • un service d’accompagnement en rue des personnes sans-abri (travail de rue) : Diogènes ;
  • la Federatie van autonome centra voor algemeen welzijnswerk (FACAW).


Concertation

Afin d’apporter une plus grande cohérence à un secteur éparpillé et segmenté, les ministres de la Commission communautaire commune compétents pour l’Aide aux personnes ont adressé le 24 mai 2007 au Collège réuni une note de politique générale en matière d’aide aux sans-abri. Celle-ci crée notamment un centre d’appui au secteur qui s’est développé sous la forme d’une asbl, La Strada. Elle a pour missions de veiller à une meilleure coordination du secteur et à l’harmonisation des politiques. Elle doit développer un outil central d’enregistrement du public sans-abri, être le point d’information central pour les pouvoirs publics et les structures travaillant ou non dans le secteur. Elle organise des espaces de parole pour les personnes sans-abri et constitue et anime des groupes de travail thématiques pour les professionnels. Enfin, elle développe de nouveaux projets et méthodes de travail et constitue un lieu d’échange de savoirs. La Fédération Bico est membre de son Conseil d’administration et de son Assemblée générale.

La Strada s’est également vu assigner par le Collège réuni la mission d’organiser et de soutenir logistiquement le nouveau Comité de concertation pour l’aide aux sans-abri. Le Comité a été créé fin 1994 à l’initiative de la CCC dans le but d’établir des liens et des échanges au-delà des clivages propres au secteur. Il a été réorganisé via un arrêté ministériel publié le 11 juin dernier. Il regroupe des représentants, entre autres, des CPAS, des fédérations du secteur, dont la Fédération Bico, des habitants de la rue, des Membres compétents en matière de sans-abrisme du Collège réuni de la CCC, du Collège de la COCOF et de la VGC ainsi que de leurs administrations respectives. Il remplit des missions de coordination, de réflexion et d’avis aux autorités compétentes et d’échange d’informations.

Mais les enjeux propres au secteur de l’aide aux sans-abri sont également discutés au sein d’autres organes de concertation dans lesquels la Fédération Bico représente ses membres. Avec les institutions bruxelloises néerlandophones et bicommunautaires d’aide aux sans-abri, elle est membre du Regio-overleg. Elle se réunit deux à trois fois par an avec l’AMA et les CAW Mozaïek et Archipel afin de définir des positions communes. Elle organise quatre fois par an avec l’AMA et le CAW Archipel une concertation dénommée Maisons d’Accueil Bruxelloises – Brusselse Onthaaltehuizen (MABO) où sont discutées des problématiques propres aux institutions bruxelloises d’accueil résidentiel.

La Fédération Bico doit également intervenir en tant que fédération d’employeurs. Ainsi, elle représente et défend les intérêts de ses membres auprès des pouvoirs publics, des syndicats et au sein des organes de concertation sociale. Elle intervient dans les négociations relatives aux conventions collectives de travail de la Commission paritaire 319.00 (établissements et services d'éducation et d'hébergement). Elle est représentée dans le Fonds Maribel social des établissements d’éducation et d’hébergement bicommunautaires ainsi que dans le Fonds formation qui finance des initiatives d’embauche et de formation à l’attention des groupes à risque. Enfin, la Fédération participe aux négociations avec les autorités bruxelloises dans le cadre des accords avec le secteur non-marchand.

Habitat accompagné et enregistrement

La note de politique générale en matière d’aide aux sans-abri du 24 mai 2007 confie au centre d’appui La Strada la mission de concevoir et de développer un système d’enregistrement dont les données doivent par la suite être présentées dans un rapport annuel. Les personnes sans-abri constituent une population sur laquelle on dispose de trop peu de données structurées, pourtant essentielles à la prise de décision. Les informations reprises dans les rapports d’activités des institutions (nombre d’accompagnements, taux d’occupation, durée de séjour, etc.) sont organisées selon des modalités et des critères différents, en fonction des autorités de tutelle. Or, ces informations peuvent renseigner sur le profil des utilisateurs de ces services. Des données sociodémographiques relatives à ces personnes (année de naissance, nationalité, sexe, statut de séjour, etc.) sont également reprises dans ces rapports mais sont difficilement comparables. Par exemple, lors de l’utilisation de tranches d’âge, celles-ci peuvent varier d’une institution à l’autre : de 18 à 21 ans chez l’une et de 20 à 30 ans chez l’autre.

Dans ce cadre, la Fédération Bico a été chargée par les cabinets des membres du Collège réuni de la CCC compétents pour l’Aide aux personnes de développer un système d’enregistrement uniforme pour les services d’habitat accompagné. La tâche ne fut pas facile vu que chaque organisation a ses spécificités dues à son histoire et son fonctionnement. Le canevas qui fit l’objet d’un consensus fut soumis à La Strada et converti sous forme de programme informatique utilisable par tous les services et permettant la comparaison des données.

Formations

En fonction des moyens disponibles, la Fédération Bico organise des formations destinées aux travailleurs des institutions relevant de la Commission paritaire 319.00. La plupart s’adressent aux assistants sociaux et aux éducateurs, voire aux directeurs. Le thème abordé en 2009 : la gestion de médicaments au sein des structures d’accueil pour sans-abri. En effet, cette population compte des personnes séropositives, diabétiques, etc. En 2010, la Fédération se penchera sur les premiers soins et les psychopathologies, en collaboration avec Santé mentale exclusion sociale (SMES).

D’autres formations sont conçues pour les travailleurs moins qualifiés tels que hommes à tout faire et personnel de cuisine, ceux-ci ayant moins souvent l’occasion de participer à de tels événements. Des formations à l’écoute active et aux relations interculturelles ont donc été organisées à l’attention de ce public.

La semaine du secteur bruxellois de l’aide aux sans-abri

Chaque année et suite au constat d’un besoin de contacts entre les institutions du secteur, la Fédération Bico, le BWR, l’AMA et le CDCS-CMDC organisent, à tour de rôle et en collaboration, la Semaine du secteur bruxellois de l’aide aux sans-abri. Les travailleurs de ce secteur ont alors l’opportunité de se rencontrer, de visiter des institutions complémentaires ou similaires à la leur et de découvrir leur fonctionnement et offre de services respectifs. En outre, depuis quelques années, l’événement se referme avec une journée d’étude. Les retombées positives de cette semaine d’échange sont très rapidement perceptibles. Au cours des visites, des rendez-vous sont souvent pris entre institutions. Il est plus facile de collaborer avec un service que l’on a appris à mieux connaître, telle pourrait être la devise de cet événement.

Née à petite échelle en 2001, cette initiative n’a cessé de grandir et de faire naître de nouvelles collaborations. A ses débuts, la Semaine ne s’adressait exclusivement qu’aux acteurs du secteur de l’aide aux sans-abri. Aujourd’hui, l’événement se donne une portée beaucoup plus large et invite des services issus d’autres secteurs, mais toutefois concernés par la problématique du sans-abrisme, à ouvrir leurs portes. En effet, celle-ci ne peut être isolée de toute autre question sociale.

L’édition 2009 de la Semaine, qui s’est tenue du 21 au 25 septembre, avait pour thème « enfants en difficultés dans des structures d’adultes ». En effet, de plus en plus d’enfants et de jeunes sont présents dans les structures d’hébergement pour sans-abri. Un accompagnement spécifique doit donc être développé, le plus souvent possible en collaboration avec des services externes. Outre les structures accueillant des familles ou des femmes avec enfants, cette problématique concerne également les maisons pour hommes. D’une part, il arrive depuis peu que ceux-ci soient accompagnés d’enfants. D’autre part, beaucoup d’hommes seuls ont été séparés de leurs enfants et la réparation du lien parent-enfant devient essentielle. La matinée d’étude qui clôtura cette édition fut l’occasion de faire connaissance avec le Vertrouwenscentrum Kindermishandeling, le Service droit des jeunes, la maison d’accueil Porte ouverte et le Comité Bijzondere jeugdzorg, ces services y ayant présenté leurs méthodes de travail respectives.

La Fédération Bico organisera en 2010 la 10ème édition de la Semaine du secteur bruxellois de l’aide aux sans-abri.

Mémorandum

En tant que porte-parole de ses membres auprès des pouvoirs publics, la Fédération Bico a adressé un mémorandum aux autorités compétentes dans lequel elle fait part de différents constats effectués sur le terrain par ses membres et élabore des propositions concrètes.

Fil conducteur
De manière générale, la Fédération déplore le trop peu d’investissements dans une politique qui privilégie l’intégration et l’émancipation sociales à long terme des personnes sans-abri. Les mesures prises sous la législature précédente ont trop donné la priorité à l’urgence sociale. Les budgets dévolus aux lits d’urgence et à l’accueil hivernal se sont envolés, malheureusement au détriment des initiatives favorisant la sortie des structures d’hébergement. De tels choix entraînent des effets pervers tels que l’allongement des séjours en centres d’accueil d’urgence. De telles initiatives renforcent la situation des personnes vivant à la rue au lieu de faire en sorte que ce public mobilise ses ressources pour en sortir. Une offre diversifiée et adaptée aux besoins spécifiques de chacun doit être développée, à l’image de la diversité qui caractérise la population sans-abri.

Flux entrants et flux sortants

Le plan d’action proposé dans la note de politique générale de 2007 envisage la problématique du sans-abrisme en termes de flux entrants et sortants. La gestion de ces flux consiste à veiller à éviter aux personnes de se retrouver dans les situations d’exclusion qui mènent à la rue (limiter les flux entrants) et à favoriser les mécanismes d’insertion sociale qui permettent aux personnes concernées de quitter le secteur de l’aide aux sans-abri (encourager les flux sortants).

La Fédération Bico plaide pour le développement, au niveau régional, d’une politique du logement permettant une plus grande offre de logements financièrement abordables : gel des loyers, augmentation des logements sociaux et des agences immobilières sociales, intensification du contrôle de la qualité des logements, gestion coordonnée des logements vides, etc. En effet, au niveau des flux entrants, on constate que beaucoup de personnes se présentent en maisons d’accueil faute d’avoir trouvé un logement à loyer modéré. Elles n’ont pas besoin de l’accompagnement proposé par ces structures mais simplement d’un logement abordable. Beaucoup de maisons d’accueil sont donc saturées. Idem du côté des flux sortants, le marché du logement actuel rend difficile la sortie de maison d’accueil. Par conséquent, les séjours s’allongent.

En matière de logement et afin de limiter les flux entrants, c’est-à-dire de prévenir le sans-abrisme, la Fédération Bico demande que l’offre de logements soit davantage diversifiée. Il s’agit notamment de renforcer toutes les formes d’habitat accompagné. De manière à ne pas pénaliser les personnes qui trouvent une solution dans le logement solidaire, la Fédération plaide pour des droits sociaux individualisés. Elle demande également que des mesures préventives contre les expulsions soient adoptées.

A la sortie d’institutions telles que la prison ou l’hôpital psychiatrique, certaines personnes finissent dans la rue. Afin de prévenir ce type de scénario, la Fédération Bico plaide pour un meilleur suivi, notamment médical, et une meilleure préparation à la sortie de tels établissements. Pour éviter aux patients psychiatriques de tomber dans le sans-abrisme, il est nécessaire d’augmenter le nombre de places disponibles en habitations protégées. Le développement des maisons médicales doit être poursuivi car elles permettent la continuité des soins. Enfin, les équipes mobiles telles que celle du SMES-B doivent être renforcées et compter davantage de travailleurs spécialisés dans la prise en charge de personnes toxicomanes ou présentant des troubles psychiatriques. Enfin, des collaborations et des accords de coopération doivent être conclus avec d’autres secteurs tels que la santé mentale, l’aide aux justiciables, l’aide aux handicapés, etc.

Groupes spécifiques
Les structures d’accueil mettent trop peu de places à disposition des familles nombreuses. De plus, la vie communautaire qu’elles proposent ne leur est pas adaptée et les frais de séjour sont trop élevés. Il en va de même sur le marché du logement qui offre trop peu de logements appropriés à ces familles. La Fédération Bico plaide pour un accueil différencié autre que la maison d’accueil, l’augmentation du nombre de logements sociaux adaptés à ces familles et le développement d’une convention entre les CPAS et les maisons d’accueil afin de limiter les frais de séjour.

De plus en plus de personnes sans permis de séjour ou en situation de séjour précaire sur notre territoire se présentent dans les structures de première ligne d’aide aux sans-abri, et cela au détriment du public initialement visé. Les frais d’hébergement de ces personnes en maisons d’accueil n’étant pris en charge ni par l’Etat, ni par les CPAS, les maisons d’accueil doivent couvrir elles-mêmes ces coûts et ne peuvent donc accueillir qu’un nombre limité de ces personnes. Beaucoup de sans-papiers, parfois accompagnés d’enfants, utilisent les structures d’accueil d’urgence. Or, ils nécessitent un accompagnement social intensif, qui n’est pas effectué par l’accueil d’urgence. Tout en étant soucieux de pouvoir offrir à ces personnes un accueil conforme à la dignité humaine, le secteur de l’aide aux sans-abri se pose la question de savoir s’il lui incombe de les prendre en charge. La Fédération Bico plaide pour que les autorités fédérales prennent leurs responsabilités et fassent en sorte qu’il y ait suffisamment de places d’accueil adaptées à ce public.

Quant aux habitants de la rue, il arrive que ceux-ci ne maîtrisent aucune des langues nationales. Etablir une relation de confiance avec eux devient alors très difficile. Il existe des services d’interprétariat mais ceux-ci sont rarement mobiles et interviennent de manière ponctuelle. La Fédération Bico plaide pour que la formation de médiateurs interculturels et la conclusion d’accords de collaboration fassent partie des missions du secteur de l’aide aux sans-abri. Les habitants de la rue ne disposent pas toujours des aptitudes sociales nécessaires à s’y retrouver parmi les nombreux services sociaux. La Fédération souhaite donc que le travail de rue soit renforcé.

La Fédération Bico
Birger Blancke est seul à assurer le bon fonctionnement de la Fédération : administration, comptabilité, rédaction des rapports d’activités et mémorandums, animation des réunions, organisation des formations, etc. Malheureusement, un seul temps plein ne suffit plus à assumer toutes ces tâches. De plus, le subside forfaitaire octroyé à l’asbl ne suffit plus à payer le salaire complet de l’unique travailleur. La Fédération demande donc des subsides structurels pour développer son action et notamment engager un deuxième collaborateur.

Najet Boulafdal

Fédération Bico
Rue du Boulet 34
1000 Bruxelles
Tél/fax : 02/513.58.76
GSM : 0494/47.04.24
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